Rôle de régulation sociale de l’Entreprise:

L’après crise(s) , une nouvelle opportunité pour une vraie re-création, pour changer avant une nouvelle crise, en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane…

 

 

Crise surprise? révolte ? Crise sociale et sociétale?, un « liyannaj kont pwofitasyon » et la « pwofitasyon », elle est partout, historique, culturelle, systémique,… 3 semaines plus tard plus tard, c’est un mouvement populaire de même nature à la Martinique… plus tôt, c’était en Guyane… 

28 jours sans émeute, 28 jours d’un peuple uni dans la dénonciation d’un système, 28 jours d’Hyper-crisis…? de « contestation populaire » dont l’expression pourrait être une opportunité pour sortir de l’Hypo-crisis du Système et des frustrations auto-générées dans les « relations au travail et aux « patrons ». C’est aussi une chance pour les patrons de faire évoluer durablement les regards et l’état d’esprit des uns et des autres…. Ce ne fut pas le choix fait et 15 jours plus tard, après l’introduction de la violence dans le paysage, un accord « de paix » est signé en Guadeloupe…

Cet accord va-t-il permettre de re-vivre ensemble, de re-lancer la culture entrepreneuriale, de pouvoir cicatriser les blessures révélées durant les échanges et celles d’un passé douloureux, chargé de malentendus et de rancœurs. Ces signatures vont-elles provoquer un élan vers une re-construction où chacun serait re-connu pour sa contribution (sens de la vie en Société)? Au final, s’est-on réellement donné les moyens d’une évolution positive, d’un changement de fond avant la prochaine… crise? 

 

Après l’Agenda 21 (signé à grands tapages médiatiques à s’en demander quelle était la réelle finalité), après plusieurs démarches dont le projet social visant à améliorer le dialogue social,… Plus de dix ans après, cette question pourrait d’ailleurs s’inscrire dans le cadre du développement durable et du travail équitable ou encore, dans celui du respect de chacun et de la Diversité. Elle a cependant une fois de plus surpris et la réponse est une fois de plus trouvée après que la question soit posée dans une poussée de colère de la rue, dans « le rapport de force » et la violence. Le patronat pourtant acquis à la conduite du changement affiche alors malencontreusement sa rigidité et l’exemplarité de son immobilisme (« le premier frein au changement dans mon entreprise c’est moi-même », disait Antoine Riboud). Leur  recours au rationnel caricatural et le « mépris » ressenti dominent, confortant dans la durée les tensions et la solidarité contestatrice (comme par le passé, ce que reprend la chanson, « manman, la grèv’ baré moin »…ou au présent avec les 28 jours avant la réaction du gouvernement…).

 

Plus qu’ailleurs, le système vécu ici est d’une grande complexité aux plans socio-économique et socio-culturel. Plus qu’ailleurs, il est fait de « non-rationnel », d’émotions, d’économie parallèle,   de subventions, de précarité de l’emploi et de chômage impressionnant…l’économie coloniale est réelle et de plus en plus difficile à accepter (problème du foncier et de la maîtrise des ressources locales, pouvoirs extérieurs et distants voire brutaux et injustes, circuit exclusif des produits manufacturés et des ventes,…) Plus qu’ailleurs, ce système « régulant la vie sociale via les entreprises »  a besoin d’un véritable éclairage, de réels retours d’expérience et de courage; une véritable et méthodique chasse aux non-dits est un préalable à toute démarche de re-fondation.

Dans ce contexte, ne faut-il pas craindre que les « Etats Généraux » promis avant même la fin du premier round ne soit une nouvelle caricature de démarche, un « carcan » tourné vers « la » solution? Ne seront-ils pas perçus comme une nouvelle grande manipulation « du peuple », une scène ouverte aux jeux d’acteurs, à l’agitation classique de ceux qui ont entre les mains le pouvoir donnant l’impression à grands frais, d’être les champions de l’écoute? A la lumière des émotions créées par un Préfet annonçant très tôt, « il faut savoir mettre un terme à un conflit » ou d’un ministre affichant clairement les limites de ses compétences (délégation mais aussi, postures maladroites…), quand nous arrêterons-nous de considérer que la mousse suffit à recouvrir durablement les arrêtes multiples et complexes de nos relations sociales…? Un autre Préfet rappelait lors de son cocktail de départ que « c’est aux marges que l’on peut juger de la force de la République… ».

Plus qu’ailleurs, il existe sans doute une autre voie mais plus difficile, moins « communiquante » mais qui suppose de parier sur l’intelligence des gens; cette intelligence qui transpirait dans la rue et dans les négociations,  celle d’une re-création en profondeur, en regroupant les expériences, en ayant le courage des réelles confrontations, en faisant de réels paris d’avenir fondés sur la remise en cause et le respect.

 

Après 32 années de management dont 13 comme dirigeant d’un grand groupe international industriel et Commercial, sillonnant le système dans toutes ces composantes, j’ai acquis l’expérience, le recul et le désir de témoigner et d’éclairer. Ma loyauté a été sans faille et j’ai su éviter « d’être blanchi » au prix des inévitables humiliations et frustrations générées par les exigences de ce système… Bien au contraire, mes solides racines, mon parcours au sein du système et de l’entreprise (micro représentation ) ainsi que ma volonté sans faille à la fois de donner un sens et de transformer les sous-systèmes dont j’ai la charge, m’ont conduit à révéler concrètement la richesse d’une mutualisation des différences, à transcender la victimisation et l’infériorisation dans lesquelles on est projeté et où l’on finit bien souvent par trouver sa place/ son confort, à observer et comprendre un système produisant des victimes, des percuteurs et des sauveurs…, un système dont les antillais ne sont les victimes que sous l’angle du colonialisme savamment entretenu (culturellement, socialement, économiquement,…) dans le regard, dans les pratiques et faits observés. Ainsi et à titre d’exemple, Comment s’y épanouissent nos cadres?  ne sont-ils destinés qu’à être des alibis dans ce système (les adjoints fleurissent partout et il est de bon ton que les équipes de direction comportent un quota de « locaux » opposables à tiers syndiqués ), sont-ils choisis et traités en personnes responsables et reconnues? …

Il me semble opportun de rassembler les expériences et angles de vue pour transformer courageusement dans l’Entreprise la relation au travail, la relation hiérarchique, les modes de fonctionnements tant collectifs qu’individuels? Et si, au lieu d’afficher que de la résistance au changement souhaité, les patrons avaient dit « chiche »! Les abandons de navire vont être nombreux, certains patrons n’auront plus la motivation et l’ambition motrices, mais n’est-ce pas une belle opportunité de se nettoyer les lunettes et transformer les modes de pensée.

 

 

Angle de vue sur « la crise », zoom…

 

Tel un volcan, la Guadeloupe crache une fois de plus ses entrailles et « la pwofitasiyon » est envoyée à la face  des responsables institutionnels ou politiques et des chefs d’entreprise.

 

Une fois de plus, on ferait l’erreur de restreindre le problème à un territoire (n’y voir par exemple qu’un problème guadeloupéen). Les marges naturelles et lointaines de la République sont très mal maîtrisées et sont régulièrement en feu depuis des années voire des siècles. Martiniquais, Guadeloupéens et Guyanais sont traditionnellement liés dans ces luttes historiques pour leur dignité, leur égalité dans la République à travers le respect de leur différence (socio-culturelle, géographique, environnementale,…). Le modèle proposé, d’inspiration coloniale, n’a jamais su et/ou voulu prendre en compte cette réalité qui devient ainsi une revendication d’un peuple entier, avec tous les travers que l’on connaît à cette forme de rapports.

Dans la recherche de régulation sociale, l’Entreprise doit jouer son rôle en complément de l’éducation. Elle est depuis plusieurs années, le siège de blocages et de malentendus…

Dans les modes de fonctionnements, l’entreprise reproduit comme dans la Société toute entière, l’insuffisance voire l’absence de créolité, les patrons fantasmant sur ce que doit être l’entreprise tel que cela leur a été enseigné, opposant en permanence leurs repères aux repères locaux…

Une fois de plus, la plupart de ces champions pourtant acquis à la « conduite du changement » n’ont pas su changer avant la crise… et espèrent un « retour au calme »…

Une fois de plus, à l’heure des compromis, le facteur humain et la dimension socio-culturelle laissent la place aux diagnostics bâclés, aux a priori et préjugés, aux dialogues de sourds inspirés par les processus et concepts (universels par définition).

Une fois de plus, la Guadeloupe plonge dans l’irrationnel, refuse la technocratie et la « loi », cadre rigide dans lequel il convient d’étouffer ses émotions et frustrations. Mais le pays vit en permanence dans et de l’émotion…, sera-t-il réellement écouté ou calmé par quelques mesures âprement négociées?

Une fois de plus, ils sera difficile de « comprendre ce veulent encore ces enfants gâtés qui ont déjà tout ce qui leur faut voire plus » tant il est aujourd’hui courant de confondre frustrations et privations… tant il est courant de préférer rester aveugle et sourd (pour éviter la souffrance qu’infligerait la réalité?)

Une fois de plus, les esprits cartésiens et pseudo cartésiens s’empressent de faire digression en affichant avoir bien compris que le problème est racial…. et tombent dans la caricature facilement relayée par les adeptes des nuanciers de la couleur de peau du noir au blanc… et pourtant,

 

Une fois de plus, des alarmistes crient à l’apocalypse, au racisme, aux jusque-boutistes, aux irresponsables…. mais qui sont réellement ces gens qui eux crient leur colère, qui, comme Césaire, ont au quotidien de bonnes raisons de penser que l’on est Français entièrement à part!

 

Une fois de plus, les « Pouvoirs » interpellés délaissent  les réels problèmes et ne s’intéressent qu’à la partie émergée de l’iceberg. On préfère alors ignorer ces gens « à part », enfants gâtés, révolutionnaires, indépendantistes (à 80%?)… ou les traiter dans le mépris et la surdité dont le ton, ou tout au moins le signe, est donné au plus haut niveau de l’Etat…

 

Et si pour une fois, on prenait le parti de les écouter pour de vrai, si on s’écoutait! Ecouter, entendre certes mais aussi, comprendre…. Quel peut-être le réel problème? D’où viennent cette violence et ces blocages, ces rejets du système? Peut-on espérer amorcer un travail de fond pour que le regard change et que les relations puissent évoluer en profondeur? Peut-on rêver d’une mise en mouvement collective pour une réelle et salutaire évolution sociétale ? Comment le Français « qui culturellement sait tout sur tout » peut-il s’ouvrir à la différence ?  comment s’affranchir de son regard colonial ou néocolonial condescendant et « bienveillant » sur « ces gens de couleurs » ?… et comment ce peuple peut-il réellement regarder sa réalité, faire évoluer positivement sa logique dominée par la victimisation entretenue par un assistanat perdurant? Comment, à laune du 21e siècle et de ses exigences, peut-il harmoniser identité et modes de fonctionnement souhaitables en économie libérale?

Et si nous créions les espaces et les temps nécessaire à cette re-création.

 

Conclusion:

 

La France de la Diversité et du Développement durable est ici figée dans la non reconnaissance de la richesse de ses différences (les Antillais font d’ailleurs partie de la minorité visible mais ne sont pas reconnus dans le concept à la mode de diversité!?). Son système (politique, social et économique) de plus en plus libéral et technocratique et confronté de plus à la crise mondiale, a du mal à s’appliquer en France et a fortiori dans les DOM, où l’humain est primordial. Sans être spécialiste, on peut y reconnaître les éléments structurels de tension et les ingrédients d’une crise sociale; l’anticipation était et reste possible.

Le ressenti d’injustice, la déshumanisation et le mode de fonctionnement colonial générés par ce système atteignent leur paroxysme et  sont non acceptés et rejetés dans l’entreprise vécue comme un lieu d’exercice permanent de pouvoirs, de grimaceries et de pure pwofitasiyon par et pour quelques privilégiés, forts de la légitimité de leurs actes offerte par le système, sans remise en cause possible à l’esprit s’appuyant sur les recettes conceptuelles savamment et coûteusement entretenues.

 

La complexité est ici réelle dans toute la subtilité des couches historiques… et tout changement ne pourra se passer d’un diagnostic approfondi (chasse aux non-dits, examen des contradictions…) et d’un sérieux accompagnement dans la durée. On est loin de la solution à accoucher en un mois en prenant en otage un peuple, en restant dans ce jeu classique de « dominant-dominé », « victime- persécuteur » et au final, malgré les apparences, « perdant-perdant » …

 

La sortie de crise peut encore augurer d’une nouvelle crise d’ailleurs annoncée par les difficultés nouvelles engendrées (traumatisme de patrons, fermeture d’usines, augmentation du chômage, rêves et illusions de mieux-vivre engendrées auprès des populations, clivages entre salariés en grève et futurs chômeurs, drames familiaux….). L’absence d’un traitement des réels problèmes récurrents et « intériorisés » de nouveau efface tout espoir de sortir de la spirale infernale de la crise et du décalage de prise en charge de son destin par le peuple…

Néanmoins, cette sortie de crise devrait constituer une opportunité pour élaborer et mettre en œuvre une démarche de changement. En pleine période des négociations, l’Etat annonce la tenue Etats Généraux. Mais quelle est la réelle intention? Cette nouvelle démarche « Top-down » habillée d’une consultation large et d’un pilote « Préfet » d’origine Guadeloupéenne, apparaît surprenante et ne peut concerner une évolution des états d’esprit et des modes de fonctionnement. Elle vise sans aucun doute une évolution par la structure. Elle rappelle en cela celle des dirigeants qui forts de leurs pouvoirs « jouent aux playmobils » avec leurs salariés en proposant régulièrement et systématiquement des réformes de structures… et là, l’intention est bien plus une adaptation de court terme plus que le mieux vivre dans l’entreprise. Le gros patronat représenté par le MEDEF est plus que jamais sur la défensive et prend ses marques en pure logique territoriale. Aucune remise en cause ne semble être envisagée par le patronat qui attendrait plutôt d’être conforté dans sa logique actuelle. Du côté des politiques, les choses bougent; un élu, isolé pour l’instant, s’est publiquement remis en cause en rejetant un de ses mandats… Une fois de plus, les salariés ne sont pas l’objet essentiel de l’évolution envisagée (évolution constitutionnelle/ Art.73 et 74 ) et pourtant on sait bien, de l’expérience de Mandela et vu du peuple « victime » voire « martyre »,  « tout ce qui sera fait pour eux sans eux sera fait contre eux ».  Il faut sortir de cette spirale de démarches télécommandées à distance, autre aspect néfaste de l’assistanat sans doute voulu et entretenu par le système colonial.

 

Et sur le terrain, la Pwofitasyon, c’est quoi au juste? Déjà perdue de vue?! Est-elle, dans l’entreprise, uniquement dans la relation hiérarchique vécue comme relation « parentale » et contre laquelle on semble se rebeller? Que dire de ces gens bien, au dessus de tout soupçons pris la main dans le sac lors des pillages de magasins? Que dire des petits commerces de voisinage s’enrichissant de la crise? que dire de cette économie parallèle aux multiples visages, palliant les défaillances du système mais où la prowfitasyon est réelle?

La Guadeloupe a démontré combien le « liyanaj » est un levier régional mais aussi interrégional… Il existe ainsi plusieurs atouts à explorer dans cette culture « créole ». On doit pouvoir les utiliser pour une évolution de fond des états d’esprit et un nouveau mode de vie dans l’entreprise fondé sur plus de transparence, de sincérité, de proximité et d’autorégulation.

 

Dirigeant s’appuyant sur des années d’expérience du « système », je lance un appel pour que les acteurs volontaires, même en petit nombre  s’engagent courageusement sur le chemin du discernement et de la transformation des modes de fonctionnement, et créent de nouveaux repères solides au monde socio-économique en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane.

 

 

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A développer + l’aspect économique et média:

 

ECONOMIES

 

Qu’est-ce qui caractérise une économie coloniale ? Premièrement le pillage des matières premières du pays victime, deuxièmement la vente exclusive des produits manufacturés en provenance du pays prédateur, troisièmement la confiscation au profit des seuls colons des terres et des ressources locales. Ceci étant mis en œuvre par une administration extérieure au pays victime, brutale, foncièrement injuste. Quant à la soumission des population colonisées, elle est assurée par la terreur policière et militaire et confortée par le lavage de cerveau et l’acculturation mis en place par les « missionnaires » religieux.

 

Aucun gouvernement n’ayant fait l’effort de casser ce cercle vicieux de l’économie coloniale, ces îles superbes n’ont pas de cultures vivrières, aucune industrie locale, aucun schéma de développement s’imbriquant dans leur environnement géographique. Résultats : toute l’économie – importation depuis la métropole, transport, distribution, énergie, exportation de la banane, banques, etc. – sont aux mains de quelques familles de Blancs et, plus rares, de Métis qui, à l’abri de monopoles d’importation, établissent les prix qu’ils veulent et se gavent sur le dos de l’ensemble de la population.

 

Que fait la métropole ? Imposer au patronat local entièrement aux mains des Békés (toujours proches du pouvoir parisien ! Ça aide pour des élections serrées…) la fin des monopoles ? Remplacer la majoration des salaires des fonctionnaires par une aide au transport depuis la métropole ? Mettre en place des structures de développement agricole vivrier en remplacement de la monoculture bananière ? Favoriser des industries locales pour les produits de consommation courante ? Utiliser la proximité des marchés américains pour implanter des industries hight tech et développer un tourisme haut de gamme en profitant de l’attrait de ces îles ?

 

MEDIAS

  1. Domota n’a pas les faveurs des médias, difficile de l’apercevoir au Journal Téléguidé de 20 heures, dans ce pays les journalistes ont une telle tradition de soumission que pas un n’a osé poser à M. Sarkozy la moindre question sur le conflit en Guadeloupe.

Alors que des difficiles négociations sont en cours en Guadeloupe, afin de trouver une issue rapide à la grève générale qui paralyse le département antillais, Le Figaro, organe de presse pro-présidentiel balance en Une ce matin un sondage plutôt malvenu. « 51% des français » seraient favorables à l’indépendance de la Guadeloupe… Qui a « commandé » ce sondage ? Dans quel but ? Le moment a-t-il été choisi et par qui ?… On voudrait jeter de l’huile sur le feu qu’on ne s’y prendrait pas autrement…